The Flesh and the Granite

 

Genre : Documentaire

Durée du film : 70 minutes

Réalisateur : Anna Recalde Meranda

Production : Kilaohm Productions

Bretagne, hiver 2017

Un vieil homme, juché sur une énorme pierre de plusieurs tonnes, frappe.

Il sculpte un monument. Ce n’est pas le premier. Shelomo Selinger est sculpteur mais aussi ancien déporté et ce qu’il sculpte est le monument des déportés du Luxembourg. Il est devenu célèbre après avoir réalisé le monument de Drancy, le lieu d’internement des déportés juifs français, dans la banlieue parisienne.

Sculpter n’est pas le mot juste. Shelomo frappe, taille une des roches les plus dures qui soit, le granit.

C’est un choix. Un choix issu de son passé qui s’entremêle à la Grande Histoire.

Car Shelomo Selinger est à la fois la mémoire de la Shoa, de la déportation et du travail forcé, mais aussi du périple à travers l’Europe et la Méditerranée pour rejoindre la Palestine et de la guerre qui a déclenché ensuite, pour l’Etat d’Israel.

Shelomo a vécu tout cela à la première personne, mais il ne se souvient de rien. Devenu sculpteur dans les années 50, il quitte le kibboutz en Israël et s’installe à Paris où il vit toujours, sculptant et dessinant ses mémoires. Par la pratique artistique, Shelomo a peu à peu retrouvé sa mémoire.

Son fils, Rami Selinger, lui aussi, est sculpteur mais un sculpteur de corps. Il est chirurgien plasticien et réparateur: son œuvre est directement inspiré de l’activité et de l’histoire de son père.

“Mon père travaille la mémoire, à travers le granit. Moi je travaille l’oubli, à travers la chair” dit Rami. “L’une aide à souvenir, l’autre à oublier: nous voilà donc au centre du problème. Quelle est la place de la mémoire et quelle est la place de l’oubli? La mémoire, celle de mon père, celle de mon peuple, est comme une flamme qui brûle et ne dois jamais s’étendre. Mais la mémoire de la souffrance est elle-même une souffrance. Il faut arriver à tenir le flambeau sans se brûler. Et sans bruler les autres”.

Rami participe aussi à des missions humanitaires de chirurgie réparatrice en Cisjordanie. La chair et le granit deviennent ainsi des terrains de quête.

Le principe de ce projet est de parcourir la vie de Shelomo là où elle s’imbrique à la Grande Histoire. Ce parcours est effectué à l’aide de son fils Rami et d’un “narrateur – enquêteur intime”, ami d’enfance de Rami et de Shelomo, Pierre Abramovici, historien et journalist.

Le récit est donc historique mais aussi bien poétique et intime, scandé par nombre d’archives et de documents et par les réalisation du Memorial de la Shoa au Luxembourg.